Il faut lutter contre la sous médicalisation de la région Centre

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Il faut lutter contre la sous médicalisation de la région Centre

La région Centre est pauvre en médecins. Il est urgent d’intervenir pour stopper la désertification qui a déjà atteint certains cantons. Le point avec le Pr Dominique Perrotin, Doyen de la faculté de médecine de Tours.

Dr Brigitte Martin

Comment expliquez-vous la faible densité médicale de la région Centre ?

Il y a plusieurs raisons mais deux me paraissent essentielles : le faible taux du numerus clausus dans la Région et le nombre de postes d’internes, faible également. Actuellement, tout le Nord de la France est victime de la mauvaise répartition des postes d’internes en médecine générale sur le territoire. Comme la région Centre a toujours eu une densité médicale parmi les plus basses de France, les répercussions s’y font davantage sentir.

Je pense qu’à terme, certaines régions comme la Basse-Normandie, l’Est de la France, la région Champagne-Ardenne vont également être touchées.

Soulignons aussi que notre région est très vaste et quand un étudiant choisit cette région, il ne sait pas d’emblée dans quelle ville il va se retrouver. Les communications sont parfois considérées comme difficiles avec les grands centres. Si la région Centre ne concernait que les villes de l’axe ligérien, nos postes seraient choisis comme ceux du reste de la France.

L’effet seuil existe également. Quand les internes constatent qu’une ville est peu choisie, ils hésitent à y aller ayant la crainte de se retrouver dans un hôpital avec peu d’internes et donc davantage de gardes. C’est aussi le cas de certaines spécialités, comme l’anesthésie- réanimation et les urgences ; il y a plus de réanimateurs à Lorient, ville attractive par son bord de mer, qu’au Mans qui est une ville de la taille de Brest!

La situation est-elle la même dans toute la région ?

Il ne faut pas assimiler toute la région Centre à Tours. La faculté de médecine de Tours est la faculté d’une région de six départements et le département d’Indre-et-Loire comme souvent les départements qui accueillent une faculté n’est pas sous médicalisé. Mais nous avons cinq autres départements : le Cher, l’Indre, le Loir-et-Cher, l’Eure- et- Loir et le Loiret et dans trois d’entre eux, la situation devient catastrophique, elle concerne tous les médecins mais surtout les généralistes. Il y a des cantons sans médecin et la situation va encore se détériorer dans les années qui viennent. En ce qui concerne les spécialistes, la situation commence à être dramatique dans des départements comme le Cher ou l’Indre par exemple.

On a pourtant augmenté vos postes d’internes en médecine générale ?

Certes, mais la répartition est telle au niveau national que les internes délaissent le nord de la France. Le gouvernement cède devant la pression des étudiants qui veulent maintenir une augmentation artificielle du nombre de postes (et notamment en médecine générale dans le Sud) . Dans ces conditions, augmenter les postes dans notre région ne sert à rien puisque l’inadéquation est maintenue sur le plan national. Tout ceci entraîne une mauvaise formation des internes du Sud de la France qui ne voient pas assez de patients, qui ne prennent pas assez de gardes, qui n’ont pas assez de stages, tout cela alors que le Nord se désertifie.

Qu’en est-il des postes d’interne en spécialité ?

Un tiers des postes de chef de clinique est en Ile- de- France pour 18% de la population. A Tours, nous n’avons que 80 postes de chef de clinique, ce qui est très insuffisant pour nos internes qui partent donc sur Paris et s’installent en région parisienne. Il est ainsi facile d’annoncer que la Région Centre n’est pas attractive !

Quand on évoque un léger redéploiement, quand on demande des postes de chefs de clinique supplémentaires, c’est toujours impossible. Hors Chu, il n’y a plus dans les hôpitaux d’anapath, de rhumatologue…

Quelles actions peuvent être envisagées ?

Il faut certainement augmenter le numerus clausus mais ceci n’aura d’effet que dans une quinzaine d’années.

Il faut aussi augmenter le nombre de postes d’internes et supprimer définitivement l’inadéquation nationale entre le nombre de postes et le nombre d’internes. Il y a en effet une étroite corrélation entre le nombre d’internes dans une faculté et le nombre de jeunes médecins qui s’installent dans la région autour de cette faculté. C’est au cours de leur internat que les jeunes médecins font des remplacements, notamment en médecine générale.

Des politiques proposent des bourses à l’installation, des maisons médicalisées clés en main. C’est sans compter les aspirations des jeunes générations et, soyons réalistes, les étudiants en médecine en France ne sont pas très attirés par la médecine générale ; c’est une médecine difficile, le niveau d’exigence des connaissances est conséquent, les responsabilités y sont souvent plus importantes que dans certaines spécialités. La pratique d’une spécialité avec possibilité d’hyperspécialisation, est plus rassurante et plus lucrative. On a aujourd’hui l’impression que les spécialités en vogue sont celles où il y a le moins de responsabilités

Certains défendent aussi l’idée que les études de médecine étant gratuites, les jeunes médecins pourraient se mettre au service de la société pendant deux ou trois ans en s’installant dans des régions médicalement pauvres.

Parallèlement à cet état de fait, il y a trop d’offres de plateaux techniques hospitaliers. Au lieu de saupoudrer l’ensemble de la France, il me semblerait plus judicieux de cibler l’offre afin de mieux doter les services déjà existants. Il est clair que les moyens techniques doivent être concentrés là où il y a des gens compétents. . En région Centre, nous avons actuellement un CHRU à Tours, un CHR à Orléans, et six hôpitaux de référence : Chartres, Dreux, Montargis, Châteauroux, Bourges et Blois. Si on veut sauver ces hôpitaux, il faut fermer les plateaux techniques des petits établissements ce qui est impossible pour des raisons politiques. C’est dommage car ils seront de toutes façons obligés de fermer dans les dix ans ; d’ici là le secteur privé aura pris les parts de marché et les hôpitaux publics n’auront pas la réactivité pour faire face.

N’avez-vous pas l’impression que les choses commencent à changer ?

Les mentalités changent doucement. Cette année, l’inadéquation des postes d’interne devrait être moins importante .


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